Lancée en grande pompe le 5 juin avec la remise symbolique du premier passeport biométrique au président Tshisekedi, l’opération de délivrance du nouveau document de voyage congolais connaît un blocage total. Aucun citoyen n’a encore reçu son passeport malgré les paiements effectués.
Une cérémonie sans lendemain
Le ministère des Affaires étrangères avait orchestré une cérémonie médiatisée pour marquer le lancement officiel du nouveau passeport biométrique congolais. Le Président Félix Tshisekedi, en tant que chef de l’État, avait reçu le tout premier exemplaire de ce document présenté comme hautement sécurisé. Treize jours plus tard, force est de constater que cette opération s’enlise dans les mêmes travers que d’autres projets gouvernementaux.
La situation rappelle fâcheusement les déboires rencontrés avec la carte d’identité nationale, gérée par l’Office national de l’identification de la population (ONIP). Cette dernière opération, également lancée en fanfare avec la remise d’une carte au président, a finalement capoté après l’annulation du contrat avec le consortium Afritek-Idemia.
Des citoyens pris en otage par les dysfonctionnements
Paiements effectués, services non rendus
Malgré un afflux considérable de demandeurs qui s’acquittent scrupuleusement des 75 dollars américains exigés et remplissent les formulaires requis, aucun passeport n’a été délivré depuis la cérémonie inaugurale. Cette situation génère une frustration croissante parmi les citoyens dont les projets de voyage se trouvent compromis.
Des délais qui s’allongent dangereusement
Les informations recueillies auprès de certaines anonymes du ministère des Affaires étrangères évoquent une attente d’au moins un mois avant les premières délivrances effectives, repoussant ainsi l’échéance à la deuxième quinzaine de juillet. Cette perspective bouleverse les agendas de nombreux Congolais, toutes catégories confondues.
Les causes multiples d’un nouveau fiasco
Problèmes logistiques et techniques
La principale explication avancée concerne l’indisponibilité des carnets d’impression nécessaires à la confection des passeports. Cette pénurie affecte également les anciens demandeurs, dont certains ont déposé leur dossier depuis octobre 2024 ou sollicitaient simplement le renouvellement de documents expirés.
Contentieux avec l’ancien partenaire
Un litige persiste avec l’ancien prestataire belge, qui n’a pas été entièrement dédommagé par le gouvernement congolais. Ce partenaire réclame encore certaines créances et détient des dossiers de requérants non finalisés, compliquant davantage la transition vers le nouveau système.
Priorités discutables du nouveau partenaire
Le nouveau partenaire allemand semble privilégier ses propres demandeurs au détriment des anciens requérants congolais, créant une situation discriminatoire qui pénalise les citoyens les plus anciens dans la file d’attente.
L’échec de la carte d’identité en toile de fond
Un précédent inquiétant
L’expérience malheureuse de la carte d’identité nationale illustre les défaillances récurrentes dans la gestion de ces projets stratégiques. Après avoir versé 20 millions de dollars d’acompte au consortium Afritek-Idemia, dont 16 millions réclamés par ce dernier, l’État congolais s’est retrouvé avec des cartes devenues caduques suite à l’annulation du contrat.
Richard Ilunga, directeur de l’ONIP, a reconnu avoir réglé partiellement cette créance sans révéler le montant exact déboursé. Aujourd’hui, l’opération de délivrance des cartes d’identité demeure bloquée par des conflits d’intérêts au sein du ministère de l’Intérieur, opposant les partisans de la société MARGINS, soutenue par le député Serge Kasanda, à ceux de la société MCC.
Une gestion ministérielle questionnée
La ministre d’État des Affaires étrangères, Thérèse Wagner Kayikuamba, pourtant reconnue pour ses compétences diplomatiques, se trouve confrontée aux mêmes écueils que ses prédécesseurs. Cette situation soulève des interrogations sur la capacité du gouvernement à tirer les leçons des échecs passés et à éviter la reproduction des mêmes erreurs.
Concrètement, cette nouvelle déconvenue illustre une tendance préoccupante à organiser des cérémonies d’inauguration prématurées, sans que les conditions techniques et logistiques soient réellement réunies pour assurer la continuité du service.
Le saviez-vous ?
La RDC n’a pas délivré de cartes d’identité nationales depuis quarante ans, une situation unique en Afrique centrale qui complique considérablement l’identification des citoyens.
Cette énième défaillance dans la délivrance des documents officiels pose une question fondamentale : comment l’État congolais peut-il restaurer la confiance de ses citoyens dans sa capacité à fournir des services publics essentiels ?

Ingénieur (Ir.) et développeur full stack, Roland MANTAMA articule technologie et droits humains. Il conçoit des applications web, renforce la sécurité numérique des organisations et écrit pour vulgariser la culture digitale. Entre code, pédagogie et plaidoyer, son travail vise un numérique responsable et utile à la société. Il est CEO de Usiano Afrika.


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